Outiller pour réussir - Infolettre avril 2020

Quelles sont les clés d’une mesure alternative à la suspension efficace?

Enjeu de la valorisation de l’éducation

Mesures alternatives à la suspension

Intro au sujet

 

Julie Goulet-Kennedy

Des pratiques gagnantes en mesures alternatives à la suspension

Tirées de… TEXTE DE JULIE

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En conclusion

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Geneviève Couture

PIVOT : une mesure alternative à la suspension qui fonctionne!

Entrevue avec Mme Geneviève Couture, directrice générale de l’organisme Mesures Alternatives Jeunesse Frontenac.

  1. En quoi le service PIVOT permettent-ils de favoriser la réussite éducative? Quels sont les besoins et les constats qui émergent avec l’implantation de mesures alternatives à la suspension?

Le service Pivot permet d’éviter aux élèves présentant des problématiques diverses et se voyant imposer une suspension externe, de se retrouver à la maison sans suivi académique, sans encadrement et sans soutien dans une démarche constructive.

Certains jeunes vivent au quotidien une réalité qui perturbe leur disposition à bien cheminer dans le milieu scolaire. Difficultés familiales, difficultés d’apprentissage, troubles de comportement, habitudes de vie malsaines et consommation composent les journées de ces jeunes. Étant confrontés à plusieurs échecs, ils ont une faible estime d’eux-mêmes et sont souvent incapables de se qualifier de façon positive. N’ayant pas d’aspiration professionnelle pour la plupart d’entre eux, cela affecte grandement leur motivation et ils n’ont aucun intérêt envers l’école.

Avant la mise en place de ce service, il en résultait souvent des échecs scolaires, voir même du décrochage. L’équipe du service Pivot prend donc en charge ces élèves pour assurer la continuité des apprentissages, éviter les retards, ainsi que pour favoriser leur cheminement personnel afin d’assurer un retour à l’école positif. De ce fait, nous offrons à ceux-ci la possibilité d’être entourés d’adultes significatifs pour leur rappeler l’importance des études, les accompagner, les encourager et les aider à s’épanouir. Par le biais de suivis individuels, d’ateliers de groupe et de support académique, l’équipe de Pivot encourage les élèves à faire de leur séjour une expérience enrichissante et motivante, aidant ainsi à contrer l’éventuel décrochage. Le fait d’avoir le temps d’investir dans la relation fait en sorte que les jeunes se sentent écoutés et en confiance. C’est en misant sur ce lien de confiance et de proximité que les intervenantes les amènent à mieux se connaître, à développer leur estime d’eux-mêmes, à faire des prises de conscience sur leurs comportements, afin qu’ils apportent des changements dans leur vie pour ainsi faciliter leur parcours scolaire.

 

  1. Quelles sont les actions et les stratégies mises en place qui fonctionnent bien?

La première stratégie mise en place est d’accueillir un maximum de six jeunes à la fois. Cela permet à notre équipe d’offrir un suivi personnalisé et unique à chacun d’eux en leur consacrant plus de temps dans leur cheminement.

La deuxième stratégie est le lien que nous créons avec eux. En arrivant au service Pivot, de façon générale, les jeunes sont en rupture de relation avec les adultes quels qu’il soient. En créant un lien de confiance, cela facilite grandement les prises de conscience et la mise en action.

La troisième stratégie est un suivi post-séjour offert aux élèves par l’équipe du service Pivot pour maintenir, dans leur milieu scolaire, les acquis faits lors de son séjour. De ce fait, les jeunes se sentent épaulés et beaucoup moins seuls.

La quatrième stratégie est la collaboration avec différents partenaires du milieu qui est, sans contredit, primordiale. En effet, en plus du lien avec les trois polyvalentes de notre commission scolaire, nous travaillons étroitement avec plusieurs organismes de la région afin que chaque jeune puisse obtenir les services auxquels il a besoin (CISSS, Centre Domrémy, Maison des jeunes, Centre de réadaptation en dépendances, Centre de pédiatrie sociale, Impact Travail, Carrefour jeunesse-emploi, etc.). Cela permet au jeune de se développer un réseau de services et un filet social

 

  1. Et, à l’inverse, quelles sont les actions et les stratégies mises en place qui ne fonctionnent pas bien? Pourquoi, selon vous?

Avec la pénurie d’enseignants qui perdurent dans les écoles, il est de plus en plus difficile pour notre équipe d’obtenir les services d’un enseignant pour assurer le support aux élèves au niveau académique. Les intervenantes de Pivot doivent alors assurer elles-mêmes ce volet, ce qui fait en sorte qu’elles ont moins de disponibilités pour les rencontres individuelles et les suivis post-séjours, ainsi que les tâches administratives. Cela engendre également de l’essoufflement, puisque l’équipe en place se retrouve en intervention dès l’arrivée des élèves le matin et ce, jusqu’à leur départ en fin de journée. Par le fait même, elles ont moins de disponibilité pour assurer le suivi post-séjour.

Nous profitons de la fermeture imposée par le gouvernement dû au COVID-19 pour revoir tous nos outils de travail. Nos ateliers seront revus et bonifiés un à un. Nous allons également créer un cartable de notions et exercices académiques pour palier à la pénurie d’enseignants, ainsi qu’au manque de travail qui peut survenir à l’occasion pour un élève. Cela facilitera grandement le travail des intervenantes et permettra d’accorder plus de temps de qualité en intervention auprès des jeunes.

 

  1. Avez-vous observé des changements de pratique, de mentalité ou autres dans la poursuite de ce projet?

Le service Pivot est de plus en plus reconnu pour l’impact positif observé chez les élèves y ayant fait un séjour. Les directeurs, les professionnels ainsi que les parents nous font part des changements observés chez les jeunes qui s’expriment d’une meilleure façon et contrôlent mieux leurs comportements. Il faut savoir que lorsqu’ils arrivent à Pivot, ces élèves sont en rupture totale avec le monde des adultes. Notre équipe utilise donc différentes stratégies pour les amener à s’exprimer, à développer des liens, prendre conscience des impacts de leurs comportements et avoir une meilleure vision de l’école. Plusieurs parents nous rapportent, entre autres, le changement d’ambiance à la maison et une meilleure relation avec leur enfant. En effet, ils nous mentionnent que les jeunes se montrent plus ouverts à la discussion et sont moins en réaction face à la discipline et aux règles de la maison.

Nous recevons de plus en plus de références des trois polyvalentes de la Commission scolaire des Appalaches pour de longs séjours (20 jours), le service étant normalement offert entre 3 et 20 jours. Les directions d’école nous rappellent souvent que Pivot est une mesure indispensable pour la prise en charge des élèves qui ne fonctionnent pas à l’école et qui ont besoin d’un temps d’arrêt constructif, puisqu’il n’y a aucune autre alternative à la suspension externe. De plus, les professionnels œuvrant dans d’autres organismes du milieu peuvent maintenir leurs suivis auprès de ces jeunes en se présentant dans les locaux de Pivot. Notre service de police municipale nous mentionne également que les jeunes ne sont pas laissés à eux-mêmes en étant référés à Pivot, ce qui empêche une hausse de la criminalité chez ceux-ci.

 

  1. Que retirez-vous de cette expérience? Est-ce que certaines choses vous ont étonnés ou vous étonnent toujours?

Depuis la création du service Pivot, nous avons pu observer l’évolution de plusieurs jeunes entre leur arrivée et leur sortie. Ils retournent à l’école avec une vision plus positive d’eux-mêmes et avec un but à atteindre pour leur futur. Les directions d’école le mentionnent d’ailleurs lors des rencontres de réintégration, à savoir que le changement d’attitude des élèves est remarquable.

Plus les années passent, plus les élèves qui nous sont référés présentent plusieurs problématiques et les cas sont de plus en plus lourds. Il devient parfois difficile de garder certains élèves dans notre service, car ils ne cadrent pas dans notre programme et nécessiteraient des services professionnels plus spécialisés. Cependant, si un élève est expulsé de notre service, les directions d’école n’ont aucune autre alternative que de le laisser à la maison le temps de la suspension.

Finalement, l’impact positif de notre service chez les élèves fait en sorte que les références se multiplient. Plusieurs fois dans l’année, toutes nos places sont comblées et nous devons créer une liste d’attente, ce qui fait en sorte que certains jeunes se retrouvent à la maison en attendant d’avoir une place.