Outiller pour réussir - Infolettre janvier 2020

Quelles sont les clés d’une transition vers la maternelle réussie?

Enjeu de la transition vers la maternelle

Le 28 novembre dernier, les partenaires de la région ont participé à l’Espace de partage sur la transition vers la maternelle.

Cette journée a été animée par mesdames Sonia Racine, conseillère en développement collectif chez Communagir, et Marielle Thibaudeau, psychoéducatrice et consultante en conception, en implantation et en évaluation de programme, et chargée de projet dans la réalisation du Guide d’accompagnement à la première transition scolaire.

L’activité a permis de :

  1. développer une compréhension commune de ce qu’il faut pour assurer une transition réussie vers la maternelle;
  2. s’appuyer sur des savoirs scientifiques afin de bonifier les actions déjà entreprises ou pour en mener de nouvelles;
  3. faire naître de nouvelles collaborations.

Forts de leur expertise, les partenaires ont su mettre à contribution les savoirs issus de leur propre expérience. En effet, bien des initiatives sont déjà en cours sur les différents territoires de la région Chaudière-Appalaches.

Marielle Thibaudeau

Des pratiques gagnantes en transition scolaire

Tirées du Guide d’accompagnement à la première transition scolaire
Par Marielle Thibaudeau, psychoéducatrice et consultante en conception, en implantation et en évaluation de programme

« Tout ne tient qu’au lien qui sera créé » et « Il ne peut y avoir une seule façon de faire, et cela ne peut être l’affaire d’un seul milieu.»

C’est pourquoi la première transition est avant tout une affaire de collaboration!

D’entrée de jeu, Marielle Thibaudeau propose quelques définitions et principes permettant de bien étayer notre compréhension de la transition :

  • L’entrée à l’école marque une transition non seulement pour les enfants, mais aussi pour leurs parents.
  • Le terme «transition scolaire» réfère à la période pendant laquelle l’enfant s’ajuste ou se familiarise à son nouvel environnement (les lieux, les personnes et le fonctionnement) alors que le terme « préparation scolaire » réfère au processus impliquant le développement global de l’enfant dans différentes sphères (moteur, cognitif, socio-affectif).
  • La recherche démontre que les enfants provenant de familles vivant en contexte de vulnérabilité sont ceux qui ont le plus besoin des activités de transition scolaire. C’est pour eux qu’elles ont le plus d’effets positifs mais, inversement, ce sont eux qui en reçoivent le moins.
  • Les acteurs intersectoriels provenant de divers milieux et travaillant avec des enfants et des familles (milieu scolaire, milieu des services de garde éducatif à l’enfance, milieu de la santé et des services sociaux, milieu communautaire famille, etc.) ont tous un rôle à jouer concernant la première transition scolaire.
  • En utilisant les forces de chacun des acteurs, c’est l’ensemble de l’offre en première transition scolaire qui s’améliore. Le travail en collaboration favorise la capacité à rejoindre et à répondre au besoin de tous les enfants et les familles, surtout les familles vivant en contexte de vulnérabilité.

Les savoirs scientifiques
Une recension des écrits scientifiques a permis de dégager les principaux constats et les caractéristiques liées à l’efficacité des activités en transition scolaire.

Ces constats sont schématisés en un modèle écosystémique dans lequel chacun des systèmes – Communauté, Famille et Enfant – évolue et interagit en intensité variable en fonction des moments clés de la transition. Ce modèle est éprouvé et utilisé par plusieurs acteurs intersectoriels travaillant en petite enfance.

En guise de conclusion

Bien au-delà des définitions, des modèles et des savoirs scientifiques, un élément demeure primordial aux yeux de Marielle Thibaudeau. Elle se charge de nous le rappeler en citant les paroles d’une mère :

« Tout ne tient qu’au lien qui sera créé » et « Il ne peut y avoir une seule façon de faire, et cela ne peut être l’affaire d’un seul milieu. »

C’est pourquoi la première transition est avant tout une affaire de collaboration!

La présentation de notre invitée s’appuie sur le contenu du Guide d’accompagnement à la première transition scolaire.

Annick Pépin

Un exemple d’initiative inspirante en Chaudière-Appalaches

Entrevue avec Annick Pépin, coordonnatrice de Priorité Enfants Lotbinère.

En mai 2018, l’organisme a travaillé à la mise en place d’une activité rassembleuse dans le but de soutenir une meilleure transition des tous-petits vers le milieu scolaire. L’initiative est inspirée par la super fête du regroupement L’Aventure 0-5 ans Montmagny-L’Islet. Cette activité de familiarisation avec l’école permet de mobiliser les partenaires de la petite enfance, de rejoindre les groupes travaillant auprès des clientèle défavorisées et d’impliquer les parents dans le processus. En 2019, l’activité a gagné en popularité et s’est développée dans plusieurs écoles. Voici l’exemple d’une initiative inspirante qui essaime!

1. En quoi les Super Fêtes permettent-elles de favoriser la transition vers la maternelle? Quels sont les besoins et les constats qui ont émergé du projet?

Cet événement permet d’offrir un moment de transition, car il consiste à inviter les enfants de 3 à 5 ans et leurs parents à découvrir leur école et à connaître le personnel. 

Le côté festif des Super Fêtes favorise la participation des enfants et des parents vivant en contexte de vulnérabilité. De plus, la gratuité de l’activité, la collation offerte et la proximité de leur lieu de résidence (école de leur secteur) favorisent l’accessibilité. La Super Fête met l’accent sur un accueil chaleureux et rassurant, sur une attitude positive ainsi que sur l’absence de jugement.

Les objectifs principaux de l’événement sont les suivants :

  • Favoriser une transition inclusive et progressive qui inclut les enfants n’ayant pas fréquenté un service de garde éducatif à l’enfance.
  • Favoriser la collaboration entre les partenaires 0-5 ans et le milieu scolaire.
  • Rassurer l’enfant et le parent.
  • Offrir un moment de plaisir à l’école.
  • Se familiariser avec le personnel de l’école et son environnement.

Les partenaires du regroupement Priorité Enfants Lotbinière désiraient une transition progressive (invitation à participer à la fête à deux reprises) et inclusive, peu importe la trajectoire de vie de l’enfant.

Nous étions préoccupés par le fait de joindre les familles à la maison ou celles fréquentant un milieu de garde privé. Dans la MRC de Lotbinière, on dénombre 2 500 enfants de 0 à 5 ans, mais moins de 800 places subventionnées en service de garde (364 places en centre à la petite enfance [CPE] et 420 places au Bureau coordonnateur Rayons de soleil). C’était donc un grand défi de joindre les familles pour permettre une transition scolaire inclusive.

Le thème des pirates a été sélectionné pour notre projet pilote en continuité avec plusieurs de nos outils (Imagerie des stratégies de stimulation du langage et le jeu Les trésors de ma maison).

 

2. Quelles sont les actions et les stratégies mises en place qui ont bien fonctionné?

En mai 2018, nous avons expérimenté la Super Fête des pirates à l’école du Chêne de Saint-Édouard et à l’école la Source de Laurier-Station. Par ce choix d’écoles, ce sont 5 des 18 municipalités de Lotbinière qui ont été desservies par l’activité. Par ces projets pilotes, nous souhaitions avoir deux types d’écoles avec des réalités différentes. L’éloignement, à l’école du Chêne, et le nombre élevé d’élèves, à l’école la Source, distinguaient ces deux établissements.

Pour faciliter les inscriptions, nous avons produit une capsule vidéo promotionnelle rigolote! En collaboration avec les écoles, une lettre et un carton d’invitation ont été postés à chacun des enfants inscrits à la maternelle ou à Passe-Partout. Pour joindre les familles non inscrites à Passe-Partout, les CPE et le Bureau coordonnateur ont comparé les listes. Les inscriptions étaient gérées par la coordonnatrice du regroupement.

Afin d’optimiser le fonctionnement des Super Fêtes, nous avons su nous ajuster dès le premier projet pilote. Ainsi nous avons constaté qu’il est important :

  • d’opter pour des solutions simples et faciles à gérer.
    Au départ, nous avions diversifié les moyens d’inscription afin d’augmenter l’accessibilité (courriel, texto, téléphone, page Facebook). Nous en sommes toutefois venus à la conclusion que c’était une idée à oublier car très difficile à gérer. Maintenant, ce sont les écoles qui procèdent aux inscriptions téléphoniques.

 

  • d’anticiper les besoins et désirs des participants afin d’y répondre le plus adéquatement possible.
    Dès la première expérimentation à l’école du Chêne, nous avons modifié le déroulement. Celle-ci se déroulait entièrement dans le gymnase… Nous nous sommes vite aperçus que les familles désiraient visiter l’école. Alors, le deuxième projet pilote s’est tenu dans différents locaux de l’école. Comme il était difficile de déplacer les sous-groupes d’un atelier à l’autre, une personne a été désignée comme chef d’équipe pour les accompagner durant toute l’activité l’année suivante. Cela a eu aussi comme effet positif de rassurer les enfants et de créer un lien plus fort avec cette personne.

 

  • de constituer un comité organisateur par école.
    Cela permet de faciliter les préparatifs et le partage des tâches. De plus, il est primordial d’impliquer le service de garde scolaire, car celui-ci sera fréquenté pendant de nombreuses heures, et ce, parfois pendant l’entrée progressive.

 

  • de procéder à l’accueil dans la cour de l’école si la météo le permet.
    On peut en profiter pour inviter les familles à y venir à d’autres moments et ainsi permettre à l’enfant de se familiariser avec l’environnement extérieur. Lors de notre second projet pilote, nous avons utilisé une «machine à bulles de savon », au grand plaisir des tout-petits. Si l’activité se déroule à l’intérieur, il est possible de disposer des livres avec le thème de l’activité pour promouvoir l’éveil à la lecture.

Les deux projets pilotes ont suscité beaucoup d’intérêt auprès des autres directions d’écoles. En 2019, nous sommes passés de deux à cinq écoles participantes sur le territoire de Lotbinière.

 

3. Et, à l’inverse, quelles sont les actions et les stratégies mises en place qui n’ont pas bien fonctionné? Pourquoi, selon vous?

Comme nous invitons les futurs élèves du programme Passe-Partout, nous offrons aux enfants deux occasions de participer à la Super Fête. C’est une bonne chose en soi, car les enfants commencent dès l’âge de 3 ans à se familiariser avec l’école. Par contre, cela nous a amenés à développer un deuxième thème, soit les « Détectives », pour alterner les activités et éviter que les enfants vivent deux fois la même.

La MRC de Lotbinière compte trois commissions scolaires : de la Beauce-Etchemin, des Navigateurs et des Bois-Francs. Malheureusement, par manque de temps, nous avons développé les Super Fêtes seulement avec les écoles de la commission scolaire des Navigateurs (CSDN). Nous sommes bien désolés de cette situation!

De plus, la MRC de Lotbinière compte 14 écoles, ce qui rend difficile le déploiement de ce projet dans tous les établissements. Le modèle proposé pour les Super Fêtes doit parfois être adapté pour certaines écoles, notamment pour celles ayant un nombre élevé d’élèves.

Cela exige également de mobiliser et de sensibiliser les directions d’écoles et leur personnel. L’aide de l’agente en transition scolaire contribue à faciliter la collaboration. Il y a aussi des coûts de main-d’œuvre rattachés à cette activité de transition et le tout doit être planifiés dans le budget de l’école.

Pour faciliter le déploiement dans plusieurs écoles, un guide pour l’organisateur a été conçu en partenariat avec la CSDN. Les comités Transition scolaire peuvent l’adapter à leur guise.

 

4. Avez-vous observé des changements de pratique, de mentalité ou autres à la suite de ce projet?

Certaines écoles ont inscrit la Super Fête dans leur plan de transition scolaire à la suite de leur expérimentation. L’accompagnement lors de la première fête dans leur établissement est un facteur favorisant leur participation.

 

5. Que retirez-vous de cette expérience? Est-ce que certaines choses vous ont étonnés?

Il est fréquent de voir les deux parents accompagner leur enfant. Nous pouvons donc penser que la formule des Super Fêtes favorise la participation des papas dans la transition scolaire.

En invitant des enfants non inscrits à Passe-Partout, cela a permis d’avoir de nouvelles inscriptions et de combler des groupes. Lors des deux projets pilotes, plusieurs parents en profitaient pour s’informer sur ce programme. La présence des conseillères à l’éducation préscolaire (Passe-Partout) a aussi permis aux familles de créer un premier contact avec elles.

La Super Fête crée des souvenirs et de beaux repères pour les enfants : « C’est ici qu’on est venus avec les pirates! » ou « Tu étais un pirate, toi! »

L’objectif de cette activité est simplement d’offrir une occasion de vivre un moment de transition scolaire dans le plaisir. Lorsqu’on voit les étoiles briller dans les yeux des enfants, on peut se dire : « Mission accomplie! »

Matériel disponible sur le site Internet d’Agir tôt.

Constats des partenaires

Dans le cadre d’une analyse du contexte, voici les éléments les plus souvent mentionnés par les partenaires et qui peuvent avoir une influence (positive ou négative) sur les actions relatives à la transition :

  1. effectuer des modifications réglementaires et légales qui rendant l’environnement incertain;
  2. conserver une perception positive du déploiement du projet pilote d’Agir tôt en Chaudière-Appalaches;
  3. pallier aux manques de ressources financières et humaines;
  4. travailler avec les parents, les acteurs clés de la transition;
  5. entretenir la flamme du partenariat.
  6. Les autres éléments dignes de mention

Les engagements des partenaires

  1. La création d’un comité intersectoriel;
  2. Le rayonnement et la diffusion des travaux de comités intersectoriels existants auprès de partenaires d’un même territoire;
  3. L’élaboration d’un outil de transition uniformisé pour les partenaires d’un territoire scolaire;
  4. L’implantation d’activités de familiarisation à la vie scolaire;
  5. La planification d’activités de transfert et de partage sur des thèmes liés à la transition (par exemple, le développement global de l’enfant).