Outiller pour réussir - Infolettre mars 2020

Quelles sont les clés d’une action efficace?

Enjeu de la mobilisation

Actions efficaces

Vous prenez part à une démarche de mobilisation et d’action en faveur de la persévérance scolaire et la réussite éducative des jeunes et vous vous questionnez sur le potentiel des actions que vous souhaitez déployer. Sur le site Internet de PRÉCA, vous trouvez les principes à la base d’une action efficace (http://www.preca.ca/projet-efficace/), issus d’un document de référence produit par Réunir Réussir (R2). Mais avant d’y consacrer de votre précieux temps, vous vous demandez :

Quelle importance devrais-je apporter à l’application de ces principes à mes actions?

Pratiques gagnantes

Des pratiques gagnantes pour des actions efficaces

Tirées du document de référence R2 sur les déterminants de la réussite éducative

Tout simplement parce que l’application de ces principes corresponds à vos valeurs organisationnels :

  • Vous voulez maintenir le cap sur vos objectifs et maintenir le jeune au centre de vos préoccupations.
  • Vous voulez agir en amont, en prévention. Vous savez qu’il en coûte beaucoup moins en ressources de mettre en place des actions précoces de prévention et d’intervention que d’investir plus tard en services spécialisés.
  • Vous souhaitez intervenir de façon proximale, c’est-à-dire agir de la façon la plus directe possible auprès du jeune à risque ou en difficulté et auprès des adultes significatifs qui les entourent.
  • Vous n’avez pas d’argent et d’énergie à gaspiller, vous voulez faire une utilisation optimale des ressources, tant financières qu’humaines et matérielles.
  • Vous voulez mettre en place des actions qui font une réelle différence à l’égard des objectifs identifiés, bref des actions qui ont fait leurs preuves sur le terrain.
  • En somme, vous voulez disposer de moyens qui vous permettent de juger de la pertinence des actions que vous posez, de l’efficience du processus et de l’utilisation adéquate des ressources pour assurer l’efficacité et l’impact de vos actions.

À quel moment dans la réalisation de l’action doit-on appliquer ces principes?

Dans un monde idéal, on applique ces principes à l’étape de la planification de l’action. Mais nous le savons, l’élaboration et l’implantation d’un projet n’est pas une mince affaire. À cette étape, parfois écourtée en raison des échéanciers serrés de réalisation, on doit mobiliser nos ressources et les parties prenantes, des partenaires qui peuvent avoir des agendas chargés, des attentes, des priorités, des modes de fonctionnement et de gestion différents des nôtres. Parfois, ça nous amène à mettre plus d’emphase sur la coordination des tâches à accomplir que sur les résultats à obtenir ou encore, à saupoudrer nos efforts et nos ressources dans trop d’actions. On peut perdre le sens de ce que l’on fait et pour qui on le fait. Et il y a un prix élevé à payer à sous-planifier son action : plus d’imprévus, d’urgences et plus de déception. 80 % des urgences sont la conséquence d’un manque de P (Penser, se Préparer, Prioriser, Préciser, Prévenir (anticiper), Planifier.

La planification est fondamentale et essentielle. Planifier permet de concentrer les efforts et d’augmenter l’intensité des investissements tant humains que financiers.

Et tant qu’à s’investir pour mettre en place un projet, ne souhaitons-nous pas que celui-ci soit soi de qualité, durable et efficace?   

 

Si je n’ai pas appliqué ces principes lors de l’élaboration de mon action, est-il trop tard?

Pas du tout. Durant la mise en œuvre ou lors de la planification d’une prochaine édition, l‘ajustement d’une action en fonction d’un ou de certains de ces principes représente déjà une amélioration quant à l’efficacité de l’action réalisée. Si certaines actions sont remises en question, voire modifiées, pour se rapprocher davantage des pratiques efficaces, il ne faut pas oublier que ce qui peut à prime abord sembler être un pas en arrière se traduira, en bout de ligne, par une avancée. C’est là le processus normal de changement des pratiques – une façon de « reculer pour mieux sauter ».

 

Faut-il appliquer tous ces principes ?

Bien sûr, l’addition des principes qui sont à la base des actions efficaces constitue un objectif idéal. En outre, plus une action permet de mettre ces principes en pratique, plus les chances augmentent d’avoir l’effet souhaité sur la réussite du jeune. Mais ces principes peuvent s’appliquer progressivement, cela peut se faire pas à pas.  

 

Un de ces principes, des actions fréquentes et intenses, m’apparaît difficile à réaliser, dans un contexte de financement non récurrent, par manque ou instabilité des ressources humaines et financières.

Il faut éviter de céder à la tentation de réduire l’intensité d’une action réputée efficace par manque de ressources humaines ou financières en se disant : « c’est mieux que rien! ». Cela risque de faire en sorte que les interventions ne produisent pas les effets souhaités. Il faut répéter les activités avec les jeunes et bien les répartir dans le temps pour espérer avoir un effet réel et durable sur leur réussite.

Même si cela engendre une plus longue préparation, le travail en partenariat et en concertation est une clé importante pour solutionner l’enjeu. C’est d’ailleurs un des principes fondamentaux d’une action jugée efficace. Par la collaboration et le soutien mutuel, chacun peut contribuer aux activités dans la mesure de son expertise, de son champ d’action et de ses ressources. L’ensemble des acteurs est ainsi en mesure d’appuyer, de bonifier ou de compléter les actions mises en place pour l’une ou l’autre des interventions déployées. L’action devient ainsi plus ancrée dans la communauté et elle aura plus de chance de durer dans le temps.

 

Comment savoir si la durée, la fréquence et l’intensité de mon intervention est suffisante?

De façon générale, lorsque l’on s’approprie ou s’inspire d’actions ou de programmes qui ont fait la démonstration de leur efficacité dans le cadre d’évaluations rigoureuses, ceux-ci fournissent des indications quant à la durée, la fréquence et l’intensité recommandées des interventions.  

 

À ce propos, il m’apparaît également difficile de mettre en application le principe suivant : des pratiques efficaces fondées sur des données probantes. Cela suppose que nous avons le temps et les connaissances pour s’assurer que l’action posée s’appuie sur des bases théoriques connues et qu’elle a donné des résultats concluants à la suite d’une expérimentation rigoureuse. En réalité, nous devons souvent procéder par opportunité.

Nous comprenons que votre préoccupation première est d’offrir rapidement des services à des jeunes qui en ont besoin, ou de mener une évaluation à partir de la satisfaction des clientèles desservies ou de la perception de certaines d’entre elles. Toutefois, ce type d’évaluation ne renseigne pas sur l’efficacité de l’action par rapport aux objectifs identifiés. Si tout d’abord, vous analysez vos pratiques à la lumière des principes d’action efficaces ou si vous prenez appui sur des principes d’action identifiés par la recherche comme étant à la base de certaines pratiques efficaces, cela représente déjà une avancée, tout comme accéder à la deuxième marche en incluant des moyens concrets dont l’efficacité a été démontrée (fiches pratiques et répertoire d’actions efficaces). Encore une fois, tout est une question de planification. Il existe de plus en plus de répertoires pour trouver des actions ou des programmes réputés efficaces qui répondent aux besoins identifiés et influencent les déterminants sur lesquels on veut agir. Encore faut-il savoir sur quoi on veut agir exactement. À partir de là, vous pouvez trouver les actions les mieux appropriées pour y parvenir et les appliquer dans votre contexte.

En conclusion

Cette invitation à tenir compte des principes à la base des actions efficaces, ce n’est pas l’idée d’imposer une marche à suivre et ce ne sont pas des exigences des bailleurs de fonds. Nous savons toutefois que ce sont des principes fondamentaux sur lesquels s’appuient des actions porteuses de résultats. Que lorsqu’ils sont appliqués à une action, ils vont avoir davantage d’effets sur la persévérance scolaire et la réussite éducative des jeunes.

Nous voulons simplement encourager les organismes à utiliser ces principes comme une sorte de guide permettant de faire des choix éclairés dans l’implantation d’une action. Nous voulons aussi leur donner les moyens de réaliser par eux-mêmes une évaluation de leurs actions entreprises. 

Nous souhaitions aussi que vous reteniez qu’il s’agit d’un ensemble d’éléments dont il faut tenir compte dans la mise en place des actions ou pour améliorer celles déjà déployées. On peut donc les utiliser lors de l’élaboration d’une action ou en cours de route pour ajuster une action.

Lorsqu’elle sont maîtrisées, elles améliorent le potentiel des actions. Mais nous savons qu’il faut les apprivoisez pas à pas. Et que vous pourriez gagner grandement à être accompagné pour ce faire. En ce sens, vous êtes invités à utiliser l’outil d’analyse Fiche 20 – Principes à la base des actions efficaces. Ou encore, faites appel à nous pour réfléchir avec vous à l’application de ces principes à vos actions. Véronique se fera un plaisir d’accueillir votre demande de soutien.   

Martine Bélanger

Manon Leclerc

Lecture aux tout-petits

La Bibliomobile

La bibliomobile, une action efficace dans Montmagny et L’Islet!

Entrevue avec Mme Manon Leclerc, coordonnatrice de L’ABC des Hauts Plateaux et de  Mme Martine Bélanger, directrice d’Apprendre Autrement.

Ce projet novateur a vu le jour à l’automne 2008 à Sainte-Lucie-de-Beauregard et à Lac-Frontière. C’est à la suite d’un constat quant à l’importance de l’éveil à la lecture et à l’écriture sur le développement de l’enfant que le projet de la Bibliomobile a démarré.

Rapidement, la Bibliomobile a pris de l’ampleur et des partenaires du milieu ont commencé à y collaborer (municipalités, bibliothèques, garderies en milieu familial, maisons de la famille, CSSS, L’Aventure 0-5 ans, Active-Toi (Québec en forme), maisons d’édition, etc.).

En bref, la Bibliomobile est un service gratuit pour les familles ayant des enfants de 0 à 5 ans. Son objectif est de prévenir, dès la petite enfance, les difficultés scolaires et le décrochage. Pour ce faire, des intervenantes en éveil à la lecture et à l’écriture circulent entre les maisons et font des prêts de livres et de jeux éducatifs sur place, animent une lecture et proposent aux parents des outils d’éveil au quotidien avec comme base théorique la technique ALI (les activités de lecture interactive). Plus d’informations.

Nous leur avons demandé de remplir la fiche d’évaluation d’une action efficace disponible via les fiches des déterminants de R2. Elles ont accepté de faire l’exercice, qui fut fort enrichissant selon elles. Voici les résultats : 

  1. En quoi la Bibliomobile répond-elle aux critères d’actions efficaces? Quels sont les besoins et les constats qui émergent avec l’analyse de ce genre d’action?
  •  La Bibliomobile est un outil primordial dans notre région et notre société puisque nous constatons qu’il y a de plus en plus de jeunes avec des défis scolaires. La Bibliomobile nous permet d’agir tôt auprès des tout-petits, de les côtoyer, d’interagir avec eux. Cette relation privilégiée permet de cibler des enfants présentant des difficultés au niveau de leur développement (langage, motricité fine, etc.) et de faire une différence grâce à nos interventions.
  • Les résultats de l’évaluation de la Bibliomobile démontrent bien l’impact de cette action pour le jeune qui entre à l’école. La Bibliomobile favorise une entrée à l’école réussie.
  • Les parents ont besoin d’être outillés. Le lien de confiance que nous créons avec eux permet de discuter des défis de leurs enfants et de leur donner de judicieux conseils, des outils, des exercices pratiques, et d’obtenir des réponses plus rapidement auprès de nos réseaux.
  • Les parents doivent souvent attendre plusieurs mois et même une année avant d’obtenir une consultation avec un spécialiste pour leur enfant (ex. orthophoniste). Durant ce temps d’attente, l’intervenante de la Bibliomobile travaille avec l’enfant et répond aux questions des parents. Nos visites les rassurent.
  • Le besoin est là et les gens désirent ce service. La liste d’attente d’Apprendre Autrement le prouve.
  • Il faut aussi nommer qu’une évaluation de l’ensemble des services en littératie mis en place pour les 0-8 ans dans le cadre de L’ÉcoRéussite (première cohorte) dans quatre (4) petites municipalités au Sud de la MRC de Montmagny a mis en valeur une augmentation de la réussite scolaire chez les 4e années. L’évaluation a été faite en 2014, alors que L’ÉcoRéussite et l’ensemble de ses services littéraires n’ont débuté qu’en 2011. Toutefois, la Bibliomobile, dans ce secteur, existe depuis 2008, ce qui nous permet de croire que le passage en français de 50% de réussite à 98% chez les élèves du niveau 4ème année est surtout dû à la mise en place du service Bibliomobile en 2008. L’amour du livre et de la lecture se répercutent sur la réussite scolaire en français tant chez les garçons que chez les filles.
  • Autre constat à mettre de l’avant, aujourd’hui en 2020, les élèves de niveau secondaire utilisent de plus en plus la bibliothèque scolaire. Ils prennent moins de temps pour choisir leurs livres, en prennent plus et viennent plus fréquemment. Ce sont des jeunes qui ont reçu le service de Bibliomobile dès 2008, à ses débuts.

 

  1. Quelles sont les actions et les stratégies mises en place qui fonctionnent bien?
  • Déroulement de l’atelier. Lors de la rencontre, l’intervenante lit un conte et ensuite elle fait une activité pédagogique en lien avec ce conte. L’activité varie en fonction de l’âge de l’enfant, de sa capacité et son intérêt du moment, mais aussi un peu en fonction du contexte familial dans lequel l’enfant évolue. Les enfants apprécient la routine des rencontres, en connaitre le déroulement est stimulant et sécurisant pour eux.
  • Adaptation. L’une des forces de ce service est que l’intervenante sait modifier son activité pour répondre au besoin de l’enfant. Exemple : Utilisation de pictogrammes avec enfants autistes, activité adaptée pour l’enfant immigrant qui doit apprendre le français et/ou l’enfant avec retard de langage. En donnant des outils aux parents, l’enfant est stimulé dans son quotidien. Les parents et les enfants apprécient que l’on s’adapte facilement. 
  • Référencement. Le lien de confiance établi avec le parent nous permet de discuter des défis et de référer les enfants au bon spécialiste, intervenant, etc.
  • Réseautage. Nous devenons un peu comme des confidents pour les parents, alors ils nous posent toutes sortes de questions. Lorsque nous ne pouvons répondre, nous pouvons aller chercher les réponses auprès de collègues ou de partenaires. Cela peut créer moins de demandes au niveau du réseau public.
  • Calendrier. Chez Apprendre Autrement, un calendrier des visites est remis aux parents. Tandis qu’à L’ABC des Hauts Plateaux les visites sont prévues aux deux semaines et s’il y a des modifications, l’intervenante et la famille communiquent entre elles. Les visites se font sur une base régulière. Cela offre une routine aux enfants. Il est possible de faire des rencontres plus rapprochées pour les enfants présentant des défis au niveau de leur développement (ex. langage).

 

  1. Et, à l’inverse, quelles sont les actions et les stratégies mises en place qui ne fonctionnent pas bien? Pourquoi, selon vous?
  • Confidentialité. Le fait que nous ne pouvons pas discuter rapidement entre partenaires et intervenants du milieu (école, éducatrice, TS…) d’un enfant ou d’une famille vivant en contexte de grande vulnérabilité si nous n’avons pas l’accord du parent. Cela fait en sorte qu’il est difficile d’agir rapidement et adéquatement auprès de certains enfants et que nous manquons d’informations pour aider davantage ces familles.
  • Garderies. De moins en moins de garderies partagent les livres, ce qui ne les rend pas suffisamment  disponibles pour les familles. Les éducatrices trouvent cette étape trop compliquée à gérer et ne voient pas les bénéfices que les familles pourraient en tirer. Nous trouvons que l’objectif n’est pas atteint, dans ce cas des visites en garderies.

 

  1. Qu’avez-vous appris de cet exercice (faire l’analyse des actions efficaces)?

Cela nous a permis de voir qu’il y a beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients à ce service et que notre travail est plus que primordial. Nous croyons que nous sommes un appui important pour nos jeunes familles.

 

  1. Est-ce qu’il y aura des changements de pratique, de mentalité ou autres dans la poursuite de ce projet? 

Peut-être au niveau des garderies, nous croyons que l’impact réel est plus au niveau des familles, puisque nous communiquons directement avec les parents. Nous cesserons le service dans les milieux de garde pour mieux nous concentrer et desservir l’ensemble des familles à domicile.

 

  1. Que retirez-vous de cette expérience? Est-ce que certaines choses vous ont étonnés ou vous étonnent toujours?

Depuis l’entrée en poste des intervenantes de la Bibliomobile chez Apprendre Autrement et à L’ABC des Hauts Plateaux, nous avons pu remarquer la vulnérabilité dans les familles, nous avons pu constater que les jeunes ne partent pas tous à la même place dans la vie. Nous avons pu aussi remarquer que ce n’est pas seulement dans les familles dites vulnérables que nous retrouvons des enfants avec des défis et des difficultés de langage.

De plus, puisque nous ne pouvons divulguer d’informations entre partenaires, il est plus difficile de rejoindre les familles très très vulnérables et de créer un filet de sécurité autour des enfants et de leur famille.

Nous trouvons aussi très troublant que nous ayons à prouver sans cesse notre valeur auprès des bailleurs de fonds. Pour nous, c’est une évidence que la Bibliomobile est primordiale et que le matériel que nous utilisons est nécessaire pour aider les enfants et diminuer les inégalités. Exemple : achat de livres ou de matériel pédagogique.