Outiller pour réussir - Infolettre novembre 2019

Inclure les jeunes dans nos prises de décision :

oui, mais comment ?

Enjeu de la valorisation de l’éducation

Le 25 octobre dernier, les partenaires de la région ont participé à l’Espace de partage sur la valorisation de l’éducation et l’inclusion de la parole des jeunes. Animée par Sonia Racine de Communagir, l’activité a permis de découvrir des actions prometteuses, de les mettre en commun et d’explorer les collaborations possibles pour le futur.

Les constats des partenaires : ce qui fonctionne

  • LES ACCOMPAGNER : Les jeunes ont besoin que nous communiquions régulièrement avec eux, que nos messages soient clairs et que nous leur mentionnions nos attentes envers eux.
  • ÊTRE À L’ÉCOUTE : Les jeunes nous surprennent et nous apprennent sur leur réalité. Les écouter favorise de riches échanges et nous guide dans notre travail.
  • PASSER À L’ACTION : Le niveau de confiance des jeunes envers nous augmente lorsque nous sommes nous-mêmes dans l’action avec eux.
  • VISER UN SOUTIEN DU MILIEU : La mise en place de projets et d’actions est favorisée lorsque le milieu scolaire est également impliqué.

Julien Bureau

Les bonnes pratiques selon le spécialiste Julien Bureau

La satisfaction de 3 besoins psychologiques fondamentaux est nécessaire pour inclure les jeunes et leur parole de façon productive et durable.

Selon Julien Bureau, professeur adjoint en sciences de l’éducation, chercheur sur les thèmes de la motivation et de l’autodétermination en contexte scolaire de l’Université Laval, nous devons nous assurer que nos demandes favorisent les trois besoins psychologiques suivants :

  • Autonomie : Le jeune sent que ses actions suivent sa propre volonté, qu’il agit par choix personnel. Il sent qu’il participe aux décisions administratives parce qu’il a choisi de le faire.
  • Compétence : Le jeune sent que ses comportements ont un impact concret sur son environnement. Il sent que sa contribution est utilisée pour modifier les politiques.
  • Appartenance : Le jeune développe et entretient des liens significatifs avec les personnes de son entourage. Par son engagement, le jeune tisse des liens significatifs avec d’autres élèves de l’école ou avec son enseignant.

Le sondage : un outil efficace pour inclure le jeune dans nos décisions

Sonder directement les jeunes est la meilleure façon de savoir ce qu’ils pensent. Pour être efficace, le moyen utilisé pour le sondage doit varier selon le type d’information désirée.

  • Sondage papier : pour confirmer une information auprès d’un large bassin ou pour connaître la préférence des sondés parmi des choix simples.
  • Sondage en personne (entrevue individuelle ou de groupe) : pour connaître la perspective complexe sur un vaste ensemble d’éléments.

Les meilleures façons de recueillir des données d’entrevue

  • Faire parler les jeunes sans utiliser de papier ni de crayon nous permettra de les questionner d’une autre façon et évitera la préférence pour des réponses courtes, contre-productives à notre investigation.
  • Analyser leurs propos au fur et à mesure nous permettra de savoir si notre investigation répond à nos questionnements; il nous sera possible d’ajuster le tir le cas échéant.

À retenir

Les informations que vous recueillez deviennent redondantes au fil de vos entrevues individuelles ou de groupe? Cela signifie que votre cueillette de données est suffisante, et ce, même si vous considérez que peu de jeunes ont été sondés (une dizaine d’entrevues effectuées, par exemple, dont les trois dernières sont complètement redondantes avec les précédentes).

Josée-Ann Dumais

Un exemple d’initiative inspirante en Chaudière-Appalaches

Entrevue avec Josée-Ann Dumais, conseillère aux communications et au marketing territorial à la MRC de L’Islet.

Il y a quelques mois, la MRC de L’Islet a mis en place « La Matrice », une initiative de mobilisation unique et créative destinée aux jeunes de 16 à 35 ans. L’objectif derrière le projet : leur donner la parole, leur permettre de développer des liens solides entre eux et renforcer leur sentiment d’appartenance envers la région L’Islet.

Cette démarche artistique, novatrice et humaine regroupe environ une vingtaine de jeunes aux profils variés. Ceux-ci travailleront ensemble durant près d’un an afin de présenter une œuvre collective qui reflète leurs préoccupations, leurs désirs et leur vision pour l’avenir. Dans ce processus, ils sont accompagnés d’artistes et de collaborateurs qui leur permettent d’explorer différentes formes d’arts, différentes techniques. Le grand dévoilement est prévu pour l’été 2020. PRÉCA a voulu en savoir plus…

1. En quoi « La Matrice » permet d’inclure la parole des jeunes et quels sont les besoins et constats qui ont émergé du projet?

À travers la démarche artistique, les jeunes partagent leurs appréhensions face à l’avenir de leur milieu, et leurs échanges créatifs nous permettent de mieux comprendre ce qui est important pour eux. Ils abordent la place de la culture, l’importance du lien social, la protection de l’environnement et bien d’autres sujets intéressants!

Un premier constat a surgi rapidement : les jeunes demandent de la flexibilité, et ce, sur les plans de leur engagement, de l’horaire et de la finalité du projet.

Les membres du groupe n’avaient pas envie de choisir tout de suite la forme finale de l’œuvre, ils voulaient utiliser chaque rencontre pour alimenter leur réflexion. Pour eux, la finalité était moins importante que le parcours. Il nous a donc fallu faire preuve de beaucoup de souplesse et d’ouverture parce que le groupe voulait adapter le parcours et la démarche, suggérer de nouvelles activités, etc. Dès le départ, nous avons pris en considération leurs opinions.

Deuxième constat : les participants avaient vraiment envie que le projet ait un impact sur leur milieu et leur communauté et donc que les activités soient ouvertes au public afin de favoriser des échanges entre le groupe et la population.

2. Quelles sont les actions/stratégies mises en place qui ont bien fonctionné?

La politique jeunesse et son plan d’action sont des outils importants qui ont permis d’encadrer les initiatives et les décisions de la MRC. Ces outils ont été développés à la suite d’une consultation publique jeunesse, Fantasme ta Région L’Islet, et élaborés en collaboration avec un comité jeunesse. Ils ont également permis à la MRC d’envoyer un message clair concernant sa volonté de donner plus d’espace aux jeunes.

Parmi les actions mises en place, deux sont particulièrement intéressantes :

Le Fonds d’initiative jeunesse, une mesure pour soutenir financièrement des projets jeunesse qui contribuent aux progrès social, culturel et environnemental et la campagne Du type L’Islet, qui a permis de mettre en lumière des jeunes inspirants de notre région, du point de vue des jeunes eux-mêmes.

3. Et, à l’inverse, quelles sont les actions/stratégies mises en place qui n’ont pas bien fonctionné? Et pourquoi selon vous?

Lors de la réalisation de notre politique jeunesse, nous avons formé un comité de jeunes qui était consulté afin de prendre des décisions éclairées. Une fois la politique complétée, nous n’avons pas poursuivi les rencontres avec ce groupe. Cela aurait été très utile pour d’autres projets, plutôt que d’avoir à réunir un nouveau groupe de jeunes chaque fois.

4. Avez-vous observé des changements de pratiques, de mentalité ou autres à la suite de ce projet?

Le plus gros changement pour l’instant se trouve aux plans de la perception et de la priorisation. Les acteurs du milieu, les citoyens, les élus, etc., sentent un réel engagement de la MRC envers la jeunesse. C’est désormais une priorité pour nous et nous constatons que cela est remarqué.

Il reste encore du travail à faire. Il faut sensibiliser les acteurs aux réalités des jeunes afin qu’ils sachent mieux comment leur donner envie de participer à la vie communautaire, à l’organisation d’activités ou de projets et à la politique municipale également.

5. Que retirez-vous de cette expérience? Est-ce que certaines choses vous ont étonnées?

À ce jour, ce qui est étonnant et ce qu’il faut retenir de notre expérience, c’est qu’il n’est vraiment pas aussi simple qu’on le croit de mobiliser les jeunes et de les amener à s’investir dans un projet ou une démarche. Il faut donc sortir du cadre habituel, être à l’écoute, faire preuve de souplesse et de créativité!