Les renseignements contenus dans cette page sont tirés d’une des fiches sur la persévérance scolaire de Réunir Réussir.
ASSOCIATION AVEC DES PAIRS
L’adolescence est une période de la vie au cours de laquelle l’individu développe sa personnalité et affine ses intérêts. L’adolescent est ainsi perméable aux influences qu’il subit, aux images et aux modèles qui lui sont proposés.
En ce sens, la fréquentation de camarades motivés par l’école conditionnera l’attitude du jeune vis-à-vis de ses études. L’Enquête longitudinale auprès des jeunes en transition1 jette un éclairage révélateur sur cette réalité. En effet, 65 % des décrocheurs interrogés déclarent que leurs amis sont d’avis qu’il est important de terminer ses études secondaires alors que cette proportion s’élève à 86 % chez les persévérants et les diplômés. Pas moins de 50 % des décrocheurs avaient également un ami qui était décrocheur, contre seulement 20 % chez les persévérants et les diplômés.
Janosz1 a rapporté un certain nombre de recherches indiquant que les futurs décrocheurs ont tendance à s’associer à des pairs décrocheurs ou potentiellement décrocheurs, ou dont les aspirations scolaires sont peu élevées. Par modelage, le groupe d’amis déviants pourrait nuire à l’engagement scolaire et constituer un facteur d’abandon. Les travaux de Dishion2, notamment, illustrent bien comment le modelage par les pairs, la pression sociale du groupe et le renforcement positif de comportements inappropriés contribuent à influencer le comportement et à augmenter les conduites déviantes.
Les jeunes vulnérables peuvent être plus facilement influencés. Ainsi, les élèves les plus à risque sont généralement plus sensibles aux modèles que leur offrent leurs pairs. Ils sont nettement plus dépendants du contexte social et du contexte de scolarisation. Un soutien et un encadrement familiaux déficients ou absents pourraient les désavantager par rapport aux autres. Or, le temps passé avec la famille constitue un facteur qui peut grandement modérer les effets du phénomène d’influence, tous domaines de vie confondus.
Par ailleurs, un certain nombre d’études démontrent que l’environnement familial, le quartier de résidence, ainsi que le réseau social influent sur l’acte de décrocher. Lorsque le jeune fait partie d’un réseau d’amis qui rejette le milieu scolaire, son état de vulnérabilité est augmenté. La pression des pairs peut alors s’exercer en encourageant la résistance face à l’école. Dans de telles situations, le fait de ne pas se conformer devient une norme de groupe à respecter pour éviter d’être mis à l’écart.
POUR EN SAVOIR PLUS :
L’influence des pairs : un entraînement à la déviance L’impact du loisir sur la persévérance et la réussite scolaire
POUR AGIR EFFICACEMENT
Pour les jeunes à risque, il faut augmenter les possibilités d’interaction avec des pairs positifs et conventionnels, tout en mettant en place des conditions susceptibles de favoriser le développement de relations d’amitié avec eux. La piste des activités parascolaires est à privilégier. Une programmation riche et variée d’activités accessibles à tous les élèves, particulièrement aux élèves à risque, est un facteur de protection qui permet d’agir sur le sentiment d’appartenance à l’école, l’estime de soi et le développement de réseaux sociaux positifs.
Cette piste doit être exploitée dès le primaire et se poursuivre particulièrement au secondaire. Cette offre d’activités aurait avantage à être prise en charge conjointement par le milieu scolaire, les villes et les organismes communautaires, dans une perspective de continuité des services et de prise en charge globale des jeunes à risque. En fait, pour ces jeunes en particulier, que ce soit à l’école ou dans la communauté, il ne faut pas tant enrichir l’offre que stimuler la demande. Des actions de démarchage ciblées doivent être faites pour favoriser l’engagement et la participation, de façon à attirer les leaders vers ces activités.
Il est également primordial de miser sur des relations positives entre jeunes et adultes à l’école, afin de renforcer la qualité de la relation adultes-jeunes. Une bonne façon d’y parvenir consiste à mettre en place des systèmes de mentorat ou de parrainage avec des adultes de l’école ou de la communauté. Il faut aussi travailler avec les parents et les associer activement au cheminement scolaire de leur jeune, même quand celui-ci tente de se distancier d’eux. Il est important d’arriver à cibler les parents des élèves les plus à risque afin de trouver avec eux des pistes de solutions pour maintenir l’équilibre entre l’encadrement parental nécessaire et le besoin d’affirmation et d’expérimentation propres à l’adolescence.
L’école, les familles et les communautés doivent aussi être particulièrement attentives aux moments et aux lieux propices à la manifestation des comportements à risque des jeunes, de façon à mettre en place les moyens d’intervention adéquats pour agir tôt.
Enfin, il existe des programmes qui ont fait la preuve de leur efficacité pour entraîner les jeunes à développer leur habileté à résister4 ou, en d’autres termes, à se soustraire à l’influence négative des pairs. Le programme Keepin’it REAL5, par exemple, est conçu à la base pour apprendre aux jeunes à résister à la pression des pairs en matière de consommation de tabac, d’alcool ou de drogues. La mise en œuvre de ce programme a également permis de constater que les stratégies mises de l’avant pouvaient être réutilisées par les jeunes pour d’autres types de conduites à risque.
QUELQUES PISTES POUR AGIR EFFICACEMENT SUR L’ASSOCIATION AVEC DES PAIRS
- 1
Assurer des activités de repérage de lieux, de moments et de situations sensibles
Assurer des activités de repérage de lieux, de moments et de situations sensibles pour intervenir rapidement en mettant en place des activités qui offriront une alternative aux jeunes identifiés lors de ce repérage.
- 2
Assurer une collaboration positive avec la famille, malgré la distance qui se crée avec celle-ci lors de l’arrivée des jeunes au secondaire
(rechercher des solutions communes, poser des actions complémentaires, miser sur les forces du jeune, etc.)
- 3
Augmenter les occasions d’interagir avec des pairs positifs
- En mettant en place des activités rassembleuses qui renforcent le sentiment d’appartenance, l’estime de soi, le sentiment de compétence et l’engagement des jeunes (tournois sportifs, improvisation, œuvres collectives, graffitis, concours ou spectacles de talents, slam, musique, danse, sorties culturelles et sportives, plein air, voyages, etc.)
- 4
Établir un système de discipline positive à la maison et à l’école
(attentes plutôt que critique, conséquences des actions sur les autres plutôt que punition, accent mis sur les avantages, etc.)
- 5
Favoriser les actions concertées école-famille-communauté
- En mettant en place une offre d’activités intéressante pour le jeune (activités parascolaires, accès aux installations, etc.)
- En favorisant des activités qui permettent aux jeunes de développer leurs compétences sociales dans un cadre extérieur à l’école et à la famille, tout en assurant un lien avec celles-ci (mentorat, habiletés de résistance à l’influence des pairs, suivi psychosocial, etc.)
- 6
Offrir des activités parascolaires variées qui intéressent les jeunes
Offrir des activités parascolaires variées qui intéressent les jeunes y compris le démarchage pour assurer la participation des jeunes particulièrement vulnérables
SOURCES
- 1
SOURCES - Association avec des pairs
- Enquête auprès des jeunes en transition
- Janosz M. (2000), L’abandon scolaire chez les adolescents : perspective nord-américaine, VEI Enjeux, no. 122, septembre 2000.
- Dishion T. J. et Dodge K. A. (2006), Deviant peer contagion in interventions and programs: An ecological framework for understanding influence mechanisms.
- Appelé par les chercheurs anglo-saxons resistance skills.
- Programme de prévention



